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Józef Czapski

La formation de l'armée polonaise en URSS débuta en septembre 1941 à Tatiszczew, non loin de Saratow et à Tock, sur le tracé Kujbyszew-Czkalow.

Chaque jour se présentaient au camp d'été à Tock des centaines de personnes... Nous avions formé une sorte de bureau d'information. Ma tâche était d'interroger chaque arrivant. Tous, les uns après les autres, en provenance de Vorkouta, Magadan, ou de Kamtchatka ou de Karaganda, évoquaient constamment deux choses. Ils recherchaient des traces de leurs familles déportées et donnaient des listes entières de noms de compagnons se trouvant encore en captivité dans les camps. Dès les premiers instants, je demandai à chaque Polonais qui arrivait, s'il n'avait pas travaillé avec l'un de nos compagnons de Starobielsk, Kozielsk ou d'Ostaszków. Nous continuions de croire que nos compagnons arriveraient d'un moment à l'autre... Toutefois, aucun d'entre eux ne se présenta, aucune information sur leur sort ne nous parvint si ce n'est quelques rapports contradictoires de seconde source.

Dès que le général Anders commença à organiser une armée, il exigea de manière continue auprès des autorités soviétiques des informations au sujet des disparus. Il obtenait constamment en retour les mêmes promesses, vagues et polies. [...]

Il nous restait encore une lueur d'espoir, entretenue adroitement par les membres du NKVD affectés à notre armée; nous escomptions que nos compagnons avaient été déportés vers des îles éloignées et qu'ils nous rejoindraient en juillet-août, c'est à dire au cours de la seule période où la navigation sur ces mers est possible. De nombreuses fois, il nous fut dit dans le plus grand secret: "n'en parlez pas, soyez patients, vos compagnons vous rejoindront en juillet ou en août". Mais juillet et août passèrent et aucun d'entre eux ne nous avait rejoints.

J. Czapski, Souvenirs de Starobielsk, Varsovie 1989