[en février 1944] la Ière Brigade de l'Armée du Corpus du général Berling, dans laquelle j'exerçais les fonctions de chef de batterie s'arrêta à proximité de Smolensk [...]. Le front dans cette région était immobile, chaque armée campait sur ses positions de défense. A cette époque justement, les autorités soviétiques décidèrent d'organiser dans la forêt de Katyn des cérémonies de deuil auprès de la tombe commune des officiers polonais tués, selon les déclarations officielles, par les Allemands à l'automne 1941. [...]
Nous nous rendîmes à pied vers une petite clairière, sur laquelle était visible une énorme tombe commune récemment dressée, avec un aigle posé sur la neige recouvrant la tombe et l'inscription faite de pommes de pin: "En l'honneur des tués! 1941". Au milieu se tenait une grande croix en bois. [...]
Lors de la messe, je parti me promener dans la forêt qui entourait la tombe. A certains endroits, traînaient des morceaux de ceintures d'officiers enfoncés dans la mousse sous la couche de neige, des aiglons rouillés, des restes de casquettes pourris avec des tâches de rouille s'effilant dans la partie arrière des bordures [...] et des morceaux de cordes et de fil de fer. Il me vint à l'idée de me rendre au village le plus proche et d'apprendre quelque chose de plus concernant les évènements de Kosogory, auprès de ses habitants. Cela s'avéra cependant impossible: des sentinelles du NKVD étaient postées à chaque sortie de la forêt, la seule voie ouverte était celle par laquelle nous étions venus de Smolensk.
Forêt de Katyn, février 1944
„Polityka" n° 7, 1989